Biographie de Driss Benzekri

Driss Benzekri nait en 1950 à Aït Ouahi dans la province de Khémisset au sein d'une famille amazighe modeste appartenant aux tribus des Zemmour. Son lien avec sa terre natale restera toute sa vie une source de fierté.

Il est influencé pendant son enfance par deux courants politiques contradictoires, à travers deux membres de sa famille : le premier est Ben Miloudi, l'un des dirigeants de l'armée de libération qui s'opposait à la domination du parti de l'Istiqlal et qui avait dirigé l'insurrection de Oulmes en 1958 ; le second est Si Amer Ben Bouzekri, le nationaliste indépendantiste, et l'un des signataires de la charte de l'indépendance du 11 janvier 1944.

 

L'enfance et le début de prise de conscience

Driss Benzekri fait ses premiers pas en politique alors qu'il n'a pas encore 12 ans, quand il accompagne  Amer Ben Bouzekri lors de sa campagne électorale à l'occasion des premières élections législatives de 1962. Si Amer qui a été instituteur, puis directeur de collège et enfin directeur de cabinet du ministre de l'éducation nationale pendant les premières années de l'indépendance, est pour Driss,  un mentor et  un guide  dans la découverte de la culture nationale et Amazighe et aussi l'engagement politique.

En 1965 Driss Benzekri  quitte sa campagne pour aller à Tifelt et Khemisset. Ce voyage coïncide  avec les soulèvements populaires de mars 1965 à Casablanca. Ces événements douloureux ont un impact psychologique important sur lui et sa révolte contre l'injustice et la violence se manifeste alors par l'inscription, avec ses amis, de slogans révolutionnaires sur les murs. Il est ensuite fasciné  par la philosophie des lumières : Voltaire, Rousseau, Diderot, etc. puis par le marxisme et le romantisme révolutionnaire.

Au lycée Hassan II à Rabat, Driss Benzekri entre en contact avec des professeurs de littérature et de philosophie de gauche, marocains et français, et découvre la revue « Souffles ». Il fait la connaissance de Adellatif Laabi et Abraham Serfati, et découvre les travaux de Paul Pascon et Abdelkebir Khattibi, tout cela dans la mouvance des événements de mai 68, de la protestation contre la guerre du Vietnam et des mouvements révolutionnaires.  C'est dans ce climat national et international que Driss rejoint d'abord un groupe d'étudiants appartenant au Parti du Progrès et du socialisme, mais le «  maoïsme » était plus attrayant pour une génération de jeunes aspirant à un changement radical.

 

Le militant et l'intellectuel organique

Et c'est ainsi, lorsque l'organisation « Ila Al Amam » ou « En avant » se constitue au mois d'août 1970, que Driss Benzekri est parmi les premiers à la rejoindre.  Il y est   chargé de constituer des cellules dans les Zemmour, le moyen Atlas et le Gharb.

Driss Benzekri vit  la période entre l'été 1970 et le printemps 1972 comme une période d'éclosion et de maturité de l'esprit de rébellion, de libération qui enflamme sa génération. Il  oriente son travail vers la société civile  en participant à l'infiltration des universités, des syndicats, des centres culturels et des médias par les militants d'Ila al amam.

C'est ainsi que Driss Benzekri travaille pour une association militant pour les droits des enfants afin d'attirer des sympathisants, puis dans les syndicats d'étudiants et d'enseignants avant de passer à la clandestinité pour échapper à l'emprisonnement.

Les premières campagnes d'arrestations contre le mouvement marxiste-léniniste  commencées en 1972, connaissent un pic en  1974, quand Driss Benzekri   est arrêté et torturé à Derb Moulay Cherif avant que le tribunal ne le condamne en 1977 à 30 années de prison fermes.

Dès lors, c'est pour lui un combat continu notamment par la grève de la faim pour améliorer les conditions de détention et surtout gagner le droit à la mise en place d'une bibliothèque, l'accès aux journaux et aussi le droit à poursuivre des études par correspondance. Et c'est ainsi que Driss Benzekri a pu poursuivre ses études supérieures.

 

Les diplômes universitaires, les études et les recherches

En 1983 Driss Benzekri  obtient le diplôme d'études approfondies (DEA) en linguistique et littérature de la faculté des lettres et des sciences humaines de l'université Mohamed V de Rabat puis d'un DEA en linguistiques de l'université d'Aix Marseille en France en 1987, d'un magistère en droit international, spécialité Droit international relatif aux droits de l'homme de l'université d'Essex en Angleterre en 1997.

Dans le domaine du droit international relatif aux droits de l'homme, Benzekri réalise  un ensemble d'études dont « Les missions et les activités de l'Organisation des Nations Unies dans le cadre du groupe de travail sur la disparition forcée » et « Le processus de mise en place de la cour pénale internationale et les évolutions du droit pénal international ».

Mais le jardin secret de Driss Benzekri, reste la culture, et la poésie Amazighe en particulier.. C'est ainsi qu'en plus des études et des recherches qu'il effectue dans le domaine linguistique dont « la phonologie et la grammaire de la langue Amazighe » et « la poésie de la résistance Amazighe dans les années trente »,  il  poursuit une travail poétique personnel  entrepris depuis sa jeunesse ;  jusqu'à  son œuvre poétique posthume. En 2006, il rédige une très belle préface pour le livre du photographe brésilien Carlos Feriri « Voyage à travers le temps Amazighe ».

 

Le dirigeant de l'Organisation marocaine des droits de l'Homme

Dès sa sortie de prison en 1991, convaincu  que la lutte pour les droits de l'homme est alors  la priorité des priorités Driss Benzekri rejoint l'Organisation marocaine des droits de l'homme (OMDH), où il travaille comme directeur exécutif, avant d'en devenir le vice-président.

Et c'est ainsi que pendant les neuf années qu'il a entièrement dédié à l'OMDH, avec toutes ses compétences, il met tout en œuvre pour que cette organisation devienne un  chef de file dans la lutte nationale pour les droits  humains.  L'OMDH exerce une surveillance quotidienne des violations des droits de l'homme, en recevant les plaintes et les griefs, en assurant la préparation et la publication des rapports parallèles aux rapports gouvernementaux dans le cadre des obligations de l'Etat. L'OMDH  se distingue  par son travail sur des dossiers épineux comme celui des disparitions forcées, sur  les rescapés et les victimes des graves  violations des droits de l'homme. Benzekri y joue un rôle essentiel dans l'organisation et l'encadrement de conférences  et de sessions de formation dans ces domaines critiques.

Il a par ailleurs lié de nombreuses relations de coopération avec des organisations internationales des droits de l'homme, mis en place un cadre de gestion des archives de l'Organisation, et opéré une ouverture vers les étudiants chercheurs. Il consacre souvent ses nuits, dans son bureau de l'OMDH, à la recherche. En 1995, Benzekri  est honoré par l'Organisation « Human Rights Watch » lors d'une cérémonie à Washington et une autre  à New-York. Au cours de cette époque, tous ceux qui le fréquentent témoignent qu'il se consacre entièrement  à son projet, mais dont l'Organisation n'est qu'une étape.

 

Création de l'Espace Associatif et direction de ses programmes

Durant l'année  1996, Driss Benzekri participe  avec d'autres militants à la création de l'Espace associatif en tant que structure dédiée au renforcement des capacités des acteurs. Il rejoint le bureau exécutif en 1997 au nom de l'OMDH avant de diriger cette structure après son départ de cette organisation. Il participe  ainsi à la préparation de la stratégie et des programmes de cet Espace associatif. Grace à sa vision anticipatrice et sa sagesse, il lance depuis cette plate-forme un ensemble d'activités en relation avec la mesure de l'impact de l'intervention des acteurs dans le domaine économique et social, la philosophie et les techniques de plaidoyer ainsi que la préparation des rapports parallèles, en particulier dans le domaine du développement social.

Etant imprégné au plus haut point de la culture du dialogue et de la différence,  il participe  aux côtés des militants  à l'encadrement et la supervision de nombreuses tables-rondes organisées par l'Espace associatif, sans oublier le  rôle important qu'il  tient  pour la réussite de la campagne d'amendement de la loi sur les associations au Maroc de même que dans la mise en œuvre des contenus du plan d'intégration de la femme dans le développement.  

 

Création et direction du mouvement des victimes  

A la fin du mois d'octobre 1999, Driss Benzekri participe  au premier rassemblement national des victimes organisé à Casablanca, où il a fait une présentation de la stratégie de la justice transitionnelle. Il est alors élu avec six autres membres dans la commission de préparation du congrès constitutif du Forum Justice et Vérité.

Il  participe  activement à la rédaction du document fondateur et des statuts du Forum que le congrès a validés le 28 janvier 1999. 

Driss Benzekri a aussi mis en place la première mouture du premier document, connu sous l'appellation « Pour la Vérité et la Justice » et qui a été adopté après sa discussion et son enrichissement par le bureau exécutif et l'assemblée nationale du Forum début 2001.

Ce document est devenu la base des consultations lancées entre les responsables de l'Etat et les acteurs politiques et syndicaux et plus tard des juristes ; il a été aussi l'origine du débat national sur le dossier des violations graves des droits de l'homme organisé en novembre 2002, et la recommandation délivrée par  le Conseil consultatif des droits de l'homme, ouvrant la voie à l'Instance  « Equité et réconciliation. »

 

Conseil Consultatif des Droits de l'Homme et Instance Equité et Réconciliation

En décembre 2003, Driss Benzekri  est nommé Secrétaire général du CCDH après la publication du Dahir de 2001 sur la réorganisation, l'élargissement et le renouvellement de la composition du CCDH. Il joue  un rôle essentiel dans la préparation de la recommandation relative au règlement définitif du dossier des violations graves des droits humains à travers la création d'une instance dédiée à ce problème.

Grâce à son expérience de rencontre  des victimes dans le cadre de l'OMDH et du Forum, grâce à ses études et  ses visites de terrain, de par sa connaissance approfondie des expériences de justice transitionnelle dans le monde  ainsi que son expérience de l'arbitrage indépendant, Benzekri manifeste sa conviction  que pour tourner la page du passé, sont nécessaires  l'exposé de la vérité des violations, les aveux de l'Etat, la réhabilitation des victimes et l'invention de formes intégrées de réparations individuelles et collectives.

En janvier 2004, Driss Benzekri  est  nommé président de l'IER, après l'approbation de sa Majesté le Roi Mohammed VI de la recommandation précitée du CCDH, et où il a jeté les bases, et a mis en place la philosophie, la vision et les programmes de cette instance.  Il assume pleinement la mission de l'IER pour ce qui concerne la découverte de la vérité, la réparation individuelle et collective, l'assurance de la non-répétition, le renforcement des bases de la réconciliation et du processus démocratique. Il déploie  toute son intelligence, sa diplomatie, sa détermination et sa clairvoyance pour la réussite de ce projet qui a permis au Maroc de figurer parmi les expériences réussies de justice transitionnelle dans le monde.

Nommé président du Conseil national des droits de l'homme  en 2005, il poursuit son œuvre et confirme  ainsi son leadership dans l'exécution des recommandations de l'IER,  la mise en place  des  programmes  entrant dans le cadre du travail du Conseil et de  son autorité en matière de renforcement et de promotion des droits de l'homme.

Il est resté fidèle, engagé, croyant dans l'avenir de son pays, jusqu'à ce qu'il soit rappelé à son créateur, le dimanche 20 mai 2007, que Dieu ait son âme. Il a été pleuré par toute la nation marocaine.

 

Funérailles de Driss Benzekri

Sa Majesté le Roi Mohammed VI a adressé un message de condoléances et de compassion à la famille de Driss Benzekri

Lire le message de condoléances
.