La Fondation Benzekri crée un prix en hommage au père de la justice transitionnelle au Maroc

Quand on dit «Vérité et justice», ou encore «Équité et réconciliation», un seul nom vient à l'esprit de tous les Marocains, c'est celui de Driss Benzekri, un des piliers de la réconciliation nationale, l'ancien militant marxiste-léniniste converti au dialogue et à la diplomatie, et qui a participé à la modernisation et l'ouverture démocratique du Maroc au début des années 2000.

Militant de l'extrême gauche, Driss Benzekri a 24 ans quand il est arrêté par la police en 1974 et condamné trois ans plus tard à 30 ans d'emprisonnement. Pendant ses 17 années de détention, Benzekri a milité sans arrêt aux côtés de ses camarades de prison pour de meilleures conditions de vie et pour la reprise de leurs études.

Quand il sort de prison, Driss Benzekri a un diplôme d'études approfondies (DEA) en linguistique et littérature de l'université Mohamed V de Rabat et d'un DEA en linguistiques de l'université d'Aix Marseille en France. Libéré en 1991, il continu ses études et obtient en 1997 un magistère en droit international, spécialité Droit international relatif aux Droits de l'Homme de l'université d'Essex en Angleterre. À côté de ses études, Benzekri se passionne pour la Commission Vérité et Réconciliation créée en 1993 en Afrique du Sud et pour le Tribunal pénal international de La Haye, créé la même année.

En 1999, dans un contexte des plus favorables, caractérisé par une transition monarchique réussie et une alternance au gouvernement, Driss Benzekri participe à la création du Forum Vérité et Justice (FVJ), qui regroupe d'anciennes victimes des violations graves des Droits de l'Homme pendant les années de plomb, et leurs familles. Et en janvier 2004, c'est la reconnaissance suprême de son engagement lorsqu'il est nommé président de l'Instance Équité et Réconciliation (IER), pour enquêter sur les graves violations des droits de l'homme commises au Maroc des années 1956 à 1999. Le Roi Mohammed VI, agissant sur recommandation du Conseil Consultatif des Droits de l'Homme (CCDH), installait l'IER avec l'objectif de « faire en sorte que les Marocains se réconcilient avec eux-mêmes et leur histoire, qu'ils libèrent leurs énergies, et qu'ils soient partie prenante dans l'édification d'une société démocratique moderne, gage de prévention de toute récidive ».

Dès sa nomination à la tête de l'IER, Driss Benzekri a œuvré aux côtés des 16 autres membres de l'Instance, à la mise en place des bases, de la philosophie, de la vision et des programmes de cette Institution qui devait « faire passer un passé qui ne passait pas, et libérer la parole des Marocains ». Il assume pleinement la mission de l'IER pour ce qui concerne la découverte de la vérité, la réparation individuelle et collective, l'assurance de la non-répétition, le renforcement des bases de la réconciliation et du processus démocratique. Il déploie toute son intelligence, sa diplomatie, sa détermination et sa clairvoyance pour la réussite de ce projet qui a permis au Maroc de figurer parmi les expériences réussies de justice transitionnelle dans le monde.

Après l'achèvement de la mission de l'IER en 2005 avec la remise de son rapport aux plus hautes autorités de l'État, Driss Benzekri poursuit son œuvre en tant que président du Conseil national des Droits de l'Homme, et ce notamment dans l'exécution des recommandations de l'IER, la mise en place des programmes entrant dans le cadre du travail du Conseil et de son autorité en matière de renforcement et de promotion des Droits de l'Homme. Un de ses derniers gestes aura été de signer sur son lit d'hôpital un texte créant une couverture médicale pour les victimes des années de plomb.

Dix ans après, le Maroc a connu un tournant décisif en matière de promotion des Droits de l'Homme. L'institutionnalisation de la question des Droits de l'Homme, à travers la mise en place d'un certain nombre d'institutions, dont notamment, le Conseil National des Droits de l'Homme, la Délégation interministérielle aux Droits de l'Homme, l'institution du Médiateur, l'Institut Royal de la Culture Amazigh, etc., fait état des avancées significatives enregistrées en la matière.

Dans le système des Droits de l'Homme, le concept "culture" s'articule autour des différentes valeurs humaines universelles, qui en constituent les fondements, à savoir : la liberté, la dignité, l'égalité, et la justice. Promouvoir la culture des Droits de l'Homme revient à œuvrer de sorte à faire de ces valeurs les fondements des pratiques tant institutionnelles et collectives qu'individuelles. L'objectif devient ainsi d'œuvrer dans le sens de l'émergence de citoyens conscients de leurs droits, capables de les défendre et à même de respecter leurs principes fondateurs, mais aussi conscients et respectueux de leurs devoirs à l'égard de leur communauté et de leur pays.

La Fondation Driss Benzekri pour les droits humains et la démocratie, créée en 2008 à l'occasion de la première commémoration du décès de Driss Benzekri, par un ensemble de ses compagnons et de militants des Droits de l'Homme, dans une volonté commune de commémorer la mémoire de l'homme et de poursuivre son parcours, ambitionne d'accompagner le processus de consolidation de la culture et des idéaux des droits de l'Homme au Maroc et la dynamique de réformes engagée par le Royaume. Elle œuvre à fortifier l'édifice démocratique à travers des canaux de dialogue démocratique et l'amélioration des capacités des différents acteurs agissant dans le domaine. Ses champs d'action s'étendent à tous les domaines du développement, de la démocratie, de la justice transitionnelle, des droits de l'Homme, de la diversité culturelle et linguistique, de la gouvernance institutionnelle et de la citoyenneté.

C'est pour garder vivace la mémoire de ce pionnier de la justice transitionnelle, et perpétuer l'héritage qu'il a légué à tous les Marocains, que la Fondation lance « Le Prix BENZEKRI des Droits de l'Homme », une distinction qui sera décernée tous les deux ans aux personnes, groupes ou organismes qui se sont distingués dans la promotion, la défense et la protection des Droits de l'Homme, au Maroc et à travers le monde. Ce prix aura une dimension à la fois nationale, régionale et internationale. Il permettra la propagation de la culture des droits de l'homme et les valeurs démocratiques, si chères à feu Benzekri.

 


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